Les Monnaies Locales | FAQ en 12 Points pour Tout Comprendre

Texte : Elodie Daussin

Vous avez entendu parler des monnaies locales complémentaires, mais le concept vous paraît encore abstrait ? Ces monnaies alternatives présentent pourtant de nombreux avantages : elles s’inscrivent dans une démarche de développement durable et dynamisent l’économie locale. Pour tout comprendre au fonctionnement des monnaies locales, voici nos réponses à 12 questions essentielles. De quoi vous éclairer, et pourquoi pas, vous convaincre d’y adhérer !

FAQ en 12 points :

1. Qu'est-ce qu'une monnaie locale ?

En économie, une monnaie locale est une unité de paiement qui peut être dépensée dans une localité géographique particulière, auprès des entreprises adhérentes. Elle peut être liée à une ville ou une métropole, un département ou une zone géographique encore plus large (auquel cas on pourra parler de monnaie régionale).
Une monnaie locale, aussi appelée Monnaie Locale Complémentaire (MLC) ou Monnaie Locale Complémentaire et Citoyenne (MLCC), vient en complémentarité à une monnaie nationale : elle ne la remplace pas, mais vise à encourager les dépenses au sein d’une communauté, en particulier avec les entreprises locales.
Les monnaies alternatives ne sont pas gérées par des banques, mais par des associations : chacune possède ses propres modes de paiement, sa charte, ses partenaires, mais toutes répondent à des critères définis par la loi ESS de 2014.

2. D'où vient la première monnaie alternative ?

Voici un peu d’histoire pour mieux comprendre. La toute première monnaie alternative de l’économie moderne a été créée à Wörgl, en Autriche. La ville était particulièrement frappée par la Grande Dépression, qui faisait suite à la crise de 1929. À l’époque, le taux de chômage avait atteint 30 % et les dettes s’accumulaient, à tel point que plus rien ne se construisait et que la ville n’était plus entretenue.
Le gouvernement local décida alors d’imprimer 32.000 bons-travail en août 1932, pour financer des projets de construction publique. Le salaire des ouvriers était versé en bons-travail, et les matières premières achetées à la ville par les usines également. La monnaie parallèle était acceptée en guise de paiement dans la plupart des commerces de la ville, qui s’en servirent à leur tour pour rémunérer les travailleurs.

En l’espace d’une année seulement, la ville de Wörgl épongea ses dettes et arriva presque au plein-emploi. Les prix n’avaient subi aucune inflation. Dans le même temps, le chômage avait bondi de 20 % dans le reste du pays. Pourtant, la Banque Centrale Autrichienne, frustrée de son manque de pouvoir sur cette nouvelle monnaie, mit un coup de frein à l’expérience, qui fut interdite en août 1933.

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3. Comment fonctionnent les monnaies locales ?

Le fonctionnement des monnaies locales est tout simple : il s’agit d’un moyen de paiement, que l’on échange contre un produit ou un service, comme vous pourriez le faire avec des tickets restaurant. Chaque monnaie peut adopter ses propres moyens de paiement : billets, chèques, coupons, et même appli ou utilisation de systèmes comme Apple Pay et Google Pay. En France, 1 unité (quelle que soit la monnaie) équivaut à 1 €.

Pour utiliser une monnaie locale, vous devez être adhérent de son association. Une fois la cotisation versée et la charte éthique acceptée, vous êtes libre de payer avec votre nouvelle monnaie.

Pour changer vos euros et vous procurer des unités de paiement locales, il suffit de vous renseigner auprès de l’association ou sur son site internet. La plupart du temps, cela peut se faire à des comptoirs de change ou bien en créditant un compte via une application.

4. Est-ce que c'est comme les Bitcoins ?

Les monnaies locales ne doivent pas être confondues avec les monnaies virtuelles et autres crypto-monnaies (comme le Bitcoin). Ce sont en revanche deux unités d’échanges complémentaires à la monnaie officielle, même si les intentions et le fonctionnement sont différents.

5. Quels sont les bénéfices
des monnaies complémentaires ?

Le premier avantage que l’on peut souligner, c’est le fait de pouvoir recentrer l’argent sur son but premier : acheter des produits et des services, payer les gens qui fournissent ces biens et services, et créer des emplois !

En tant que partie prenante de l’ESS (Économie Sociale et Solidaire), la monnaie locale complémentaire présente de nombreux bénéfices :

  • elle dynamise l’économie locale : les monnaies locales circulent plus rapidement que les monnaies nationales, générant une dynamique économique plus importante ;
  • elles renforcent la cohésion et le lien social : en vous engageant à consommer auprès de commerçants et producteurs locaux, vous participez à un projet commun et créez une relation de fidélité avec vos commerces de proximité ;
  • le cours des monnaies locales ne varie pas : si vous acquérez pour 500 € d’unités et que vous décidez de les échanger 2 mois plus tard, vous récupérerez 500 € ;
  • elle est créatrice d’emploi au niveau régional : les matières premières locales sont privilégiées, l’emploi est redynamisé, avec une relocalisation des postes ;
  • elle favorise une économie plus durable : les partenaires souhaitant adhérer doivent répondre à des critères de commerce équitable et de lutte contre l’exclusion ;
  • elle privilégie la transition écologique et protège la planète : en soutenant les petits commerçants, on favorise le circuit-court, on réduit l’empreinte écologique de notre consommation, et on promeut l’artisanat et les producteurs éthiques ;
  • elle respecte les humains : les décisions au sein d’une association sont prises en gouvernance partagée, entre les dirigeants, les membres du réseau et les consommateurs-citoyens.

 

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6. Les monnaies locales sont-elles encadrées par l'État ?

Les monnaies complémentaires ne sont pas soutenues par le gouvernement. Cela signifie, entre autres, qu’elles n’ont pas de cours légal. Ainsi, elles ne subissent pas le cours de l’inflation.
En revanche, depuis 2014, les MLCC ont un cadre légal, à travers la loi du 1er juillet 2014, relative à l’ESS. Sans rentrer dans les détails techniques, sachez simplement que les monnaies locales sont donc désormais reconnues comme des titres de paiement, dès lors qu’elles respectent l’encadrement fixé par le code monétaire et financier (COMOFI).
Elles doivent aussi se conformer aux règles de fonctionnement fixées par l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) de la Banque de France.

7. Combien y a-t-il de monnaies locales
complémentaires et citoyennes en France ?

À date, il existe plus de 70 monnaies locales en circulation en France. La plus ancienne encore en activité, l’Abeille, a été introduite en 2010 à Villeneuve-sur-Lot. Depuis, la majorité des grandes agglomérations françaises ont adopté leur monnaie complémentaire, et on retrouve plusieurs initiatives à un niveau départemental ou régional. En France, on dénombre environ 10.000 entreprises et associations adhérentes, et 40.000 citoyens-consommateurs.

L’Eusko, au Pays Basque, est la monnaie locale la plus importante de France et même d’Europe (devant le Chiemgauer allemand), avec 1.200.000 unités en circulation (3 fois plus qu’en 2015), 550 prestataires et 2.700 utilisateurs.

 On peut également citer parmi les plus importantes :

  • la Doume, dans le Puy-de-Dôme ;
  • le Sol-Violette, à Toulouse ;
  • la Gonette, à Lyon ;
  • la Luciole, en Ardèche-Sud ;
  • les différentes Roues, à Marseille, dans le Vaucluse, les Hautes-Alpes, etc. ;
  • le Cairn, à Grenoble.

8. Quelles sont les différentes initiatives
en Europe et dans le monde ?

Même s’il est difficile de tenir les comptes (du fait notamment que les monnaies locales ne dépendent pas de l’État), les MLC fleurissent un peu partout. On estime leur nombre à environ 2.500 à travers le monde, dont 400 rien qu’au Royaume-Uni.

Nos voisins francophones sont également actifs sur le sujet : on dénombre une quinzaine de monnaies solidaires en Belgique, dont l’Épi Lorrain commun avec la Lorraine et le Luxembourg.

 En Suisse, il existe 3 devises, dont le Léman et le WIR. À l’origine du WIR, la banque du même nom est la plus ancienne institution financière éthique. Créée en 1934, elle est toujours en activité et est utilisée par 20 % des PME helvétiques.

9. Comment un commerçant peut-il adhérer à une MLC ?

Pour devenir partenaire d’une monnaie locale, les commerçants et producteurs doivent répondre à des critères d’agréments définis par l’association en charge de la monnaie. En tant qu’acteurs de l’ESS, ces critères s’inscrivent dans une démarche de développement local durable, d’équité et de lutte contre l’exclusion.
Ainsi, les entreprises ne répondant pas à ces conditions sont automatiquement exclues. C’est le cas par exemple pour les chaînes de magasin (qui ne respectent pas la dimension locale), les sociétés qui commercialiseraient des pesticides ou autres produits chimiques, des producteurs de fruits et légumes non-biologiques, etc. Les éléments sont inscrits dans la charte éthique de chaque structure associative et peuvent varier.

En tant qu’adhérents, les commerçants et partenaires ne peuvent pas refuser un paiement en euro. Ils ne peuvent pas non plus rendre la monnaie en euro, en cas de paiement en monnaie locale.
Les entreprises doivent enfin se soumettre à la législation fiscale et sociale française. Toutes les transactions en monnaie complémentaires sont ainsi répertoriées dans les comptes de la société, selon la règle « 1 unité locale = 1 euro ».

10. Comment les monnaies alternatives luttent-elles
contre la spéculation financière ?

Tout simplement en incitant les gens à utiliser rapidement leur monnaie ! Certaines monnaies locales perdent de leur valeur avec le temps (environ 2 % tous les 3 ou 6 mois), on parle alors de monnaie fondante. Leurs utilisateurs ont donc tout intérêt à consommer auprès des commerçants locaux. Ainsi, la circulation rapide des unités de compte permet de dynamiser le territoire.

De plus, en échangeant des euros contre un titre de paiement local, on les sort du circuit financier classique, et donc des marchés spéculatifs. Enfin, le cours des monnaies locales ne varie pas, décourageant ainsi les utilisateurs mal intentionnés de les échanger à des fins d’enrichissement.

11. Pourquoi ne sont-elles pas plus utilisées ?

Les monnaies communautaires sont de plus en plus nombreuses, et se posent en véritable alternative contre le capitalisme et le système spéculatif. Pourquoi alors ne sont-elles pas plus utilisées ? On peut citer plusieurs raisons, la première étant la communication autour des projets. D’autant plus dans le cas de monnaies à échelle locale, les budgets et les compétences ne permettent pas de faire connaître suffisamment les initiatives. Les procédés restent méconnus du grand public et des collectivités locales.

Un autre problème à l’origine de la disparition de plusieurs monnaies, c’est qu’il est difficile de couvrir les frais d’exploitation. Les cotisations ne sont parfois pas suffisantes pour faire vivre de tels projets.

La banque suisse WIR a trouvé une parade via des frais de transaction (0,06% pour les membres et le double pour les non-membres – payés en francs suisses, plus les intérêts sur les emprunts contractés en WIR). Le dollar canadien de Calgary se finance en payant en partie ses employés en dollars de Calgary, et en recevant des honoraires du gouvernement et des entreprises.

12. Existe-t-il d'autres systèmes d'échange solidaire ?

Parmi les autres concepts de monnaie solidaire, les banques de temps permettent à des citoyens d’échanger des services non-monétaires, comme des prestations de ménages, de bricolage, de développement web, de cours d’anglais, etc. Cette économie solidaire, basée sur l’échange, s’apparente au troc.
Mais alors que le troc s’effectue entre 2 personnes, les banques de temps permettent de comptabiliser les heures données et reçues de chaque adhérent. Ainsi, un citoyen A pourra donner de son temps à une citoyenne B, qui elle-même pourra proposer ses services à une citoyenne C. Le citoyen A pourra ensuite « dépenser » ses heures de temps acquises auprès de n’importe quel autre adhérent, en fonction de ses besoins.
Cette pratique s’intègre dans le principe des SEL (Systèmes d’Échanges Locaux), qui au sens plus large permettent également l’échange de biens.

 

 

echange de temps en tant que monnaie solidaire


Véritable catalyseur de
l’économie au niveau local, démarche sociale, écologique et solidaire, la monnaie locale a tout pour plaire. Avec un fonctionnement simple et une accessibilité qui s’améliore (notamment via les applis de recharge et de paiement), vous êtes maintenant paré·e pour contribuer au dynamisme économique de votre région !

 

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